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Archive pour mai 2015

TEXTE DE LYDIA HARAMBOURG, POUR LE CATALOGUE DE L’EXPOSITION DE REGUERA AU HKUMAG MUSEUM DE HONG KONG : « Alberto Reguera : peinture en liberté »

Ce texte de Lydia Harambourg,  décrit magistralement  les inquiétudes artistiques d’Alberto Reguera dans l’actualité

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Alberto Reguera : peinture en liberté

Comment peindre aujourd’hui ?

On pourrait inverser la question et s’interroger sur les raisons que l’on a de peindre. Car il s’agit bien de cela pour Alberto Reguera qui a placé la peinture, élargie aujourd’hui à la tridimensionnalité, au centre de sa réflexion sur la modernité. Sous-tendue par l’idée récurrente du paysage, sa peinture intègre la photographie, pour laquelle son œil travaille de la même façon qu’avec la peinture, et la sculpture en vue d’une unité conceptuelle qui aspire à une « peinture en tant qu’objet ». Tout le parcours d’Alberto Reguera depuis les années 2000 en témoigne.

Ses voyages sont des révélateurs. S’il tient tant aux référents de la nature c’est que le réel est une matrice infiniment plus riche, plus complexe et plus dense que toutes les spéculations mentales qui se font toujours au détriment de la création qui nous révèle à nous mêmes. Seule « l’imagination peut élargir indéfiniment l’image de l’immensité » a écrit Bachelard. Alberto Reguera le sait en rendant sa peinture indépendante du mur pour l’installer sur le sol avec d’autres, et former une installation picturale.

A la suite de ses grands aînés, Alberto Reguera peint des paysages rêvés, imaginés, et non moins tangibles, et réinvente la peinture. Il ne s’éloigne de la peinture traditionnelle qu’en de sa parfaite maîtrise technique. Ses paysages abstraits s’ouvrent à la séduction des instantanés fragmentaires de la nature. Ils sont nourris d’épaisses couches de pigments métalliques qui en augmentant l’épaisseur de la toile, deviennent des peintures-objets. La matérialité n’est pas son unique réponse à la peinture. La lumière, inductrice de vibrations, naît de la texture qui fait écran, et dont la densité plastique suggère la profondeur et une saturation spatiale à l’unisson d’une picturalité sensible. Ses audaces matiéristes et chromatiques construisent un champ de vision tout à fait singulier pour répondre à son « objectualisation ».

La nature propose un espace qui va constituer le corps réel de sa longtemps jugulée par l’emprise de la couleur et de la matière qui lui est consubstantielle. Traitées en épaisseur, les concrétions grumeleuses repoussent les limites du cadre. Travaillé en épaisses coulures, l’acrylique devient une matière flottante qui voyage sur la surface, sort du cadre qui abandonne ses limites. La toile, peinte de tous les côtés, s’ouvre à des horizons nouveaux. La suite « Cadre hors cadre » engendre une peinture en expansion. L’idée de sortir du tableau se sous-tend de la fluidité des magmas monochromes vivement contrastés, des bleus, des jaunes, des rouges, des verts, dont l’intensité sonore se renforce de larges coulées lyriques, pour une structure visuelle unitaire. Telle l’image scénographique d’un moment de nature, tout semble se dissoudre dans l’espace-temps devenu pure lumière. Un flottement nous invite à un voyage où s’intervertissent, intérieur, extérieur. Le microcosme pictural est inversement proportionnel à la vastitude des lieux réels, comme ceux de l’imaginaire.

L’indépendance d’Alberto Reguera renforce la vérité de son art. Il ouvre un monde poétique en rupture avec l’espace illusionniste de la peinture pour nous faire participer physiquement à l’intimité du paysage.

Lydia Harambourg

Historienne Critique d’art

Correspondant de l’Institut

Académie des Beaux-Arts, Paris

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